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Saint Philoumène Premier martyr d’une « nouvelle ère »

Icon of Saint Philoumenos (Michalis Koullepos, 1999). In the church of the Holy Monastery of Saint Nikolaos, Orounda.

Enfance

Icône de Saint Philoumène se trouvant au monastère de Saint Nicolas d’Orounta. Icône réalisé par Michel Koullepou en 1999.

Saint Philoumène, Sophocle Orountiotis de son nom de baptême, naquit le 15 octobre 1913 et grandit à Nicosie, une des plus anciennes villes de Chypre. Son village d’origine, Orounta, était situé à une trentaine de kilomètres de là.

La famille du saint aux alentours de 1910. A côté de sa mère, à gauche, Alexandre (Père Elpidios) et derrière elle : Sophocle (Père Philoumène).

Ses parents, Georges et Madeleine Khasapi, avaient donné naissance à une famille nombreuse :treize enfants qui furent élevés dans la foi et la piété. Mais, au-delà de pourvoir au bien-être matériel de chacun, ils prirent quotidiennement soin de transmettre à leur descendance une authentique éthique religieuse, qui s’incarnait dans l’exemple de leur propre vie. Ils étaient en effet tout adonnés à Dieu et c’est bien cela qui constituait le meilleur exemple « d’existence dans la foi » pour leurs enfants. Ils observaient strictement tous les jeûnes ; ils priaient quotidiennement dans l’oratoire familial qu’ils avaient dans la maison. Chaque dimanche, ils se rendaient à la divine Liturgie. Georges insistait particulièrement sur la présence à l’église, et la famille y était au complet, petits et grands ensemble, quoi qu’il arrive.

Cependant, celle qui nourrissait la foi chrétienne orthodoxe si caractéristique de la famille, était Alexandra, la mère de Madeleine. La manière de vivre de cette grand-mère avait donné les bases et les conditions favorables à l’épanouissement spirituel de ses petits-enfants, et en particulier, des jumeaux, Sophocle et Alexandre, sixième et septième de la fratrie, les futurs moines Philoumène et Elpidios.

La grand-mere Alexandra, qui avait su créer les conditions de l’epanouissement spirituel de la vie de ses petits enfants.

Alexandra vivait dans la maison de sa fille, ce qui contribua à influencer la vie de la famille ; elle y suivait son rythme de prière et d’ascèse, priant quotidiennement, faisant des métanies, jeûnant, participant aux offices et liturgies. Suivant son exemple, petit à petit, les enfants apprirent à faire de même. Ils apprirent à dire ce qu’elle disait elle-même quand elle faisait des métanies (prosternations) : « Seigneur Jésus-Christ, aide moi ; Très Sainte Mère de Dieu, viens à mon secours ». Et ils faisaient de même.

Tous les soirs, la grand-mère allumait la veilleuse devant les icônes et encensait la maison. À sa suite, tous les enfants embrassaient les icônes et récitaient une courte prière avant d’aller dormir. Il se trouve que les jumeaux se distinguaient de leurs frères et sœurs, car tous deux aimaient beaucoup la prière. En effet, leurs grands frères, qui couchaient dans la même chambre qu’eux, avaient remarqué que, le soir, les deux frères attendaient que tout le monde soit endormi pour se lever et commencer des prières qui duraient parfois jusqu’à deux heures.

La maison familiale en briques de terre crue de Saint Philoumène à Orounta Architecture traditionnelle et techniques de construction typique chypriote.

La relation d’intimité de Sophocle et Alexandre avec Dieu et les saints dans la prière commença à s’intensifier par l’habitude des lectures et des études nocturnes, auxquelles les a initiés leur grand-mère. Tous les soirs, outre la Bible, ils lisaient le « Trésor de Damascène le Studite» et parcouraient les Synaxaires (la vie des saints). Mais, par-dessus tout, ils aimaient se plonger dans la lecture de la vie de saint Jean Le Calyvite qui avait allumé en eux un très grand désir : celui de quitter le monde pour vivre une vie monastique, selon Dieu.

Départ pour la vie monastique

Ainsi, durant l’été 1927, à l’âge de 14 ans, les deux frères décidèrent de quitter à pied le domicile familial pour se rendre au monastère de Stavrovouni[1] dans le but d’y devenir moines. Le monastère se trouvait à une cinquantaine de kilomètres au sud de l’île ! Sur le chemin, et à leur grand soulagement, un paysan les fit monter dans son chariot et les conduisit aux portes de Stavrovouni, où ils demandèrent à voir l’higoumène[2], le vertueux Ancien Barnabé Charalambidis. Celui-ci discerna l’authenticité du désir de Dieu chez ces deux jeunes et les accepta comme novices.

Le monastère de Stavrovouni, tel qu’il était au début du vingtième siècle.

Ils restèrent au monastère de Stavrovouni pendant cinq ans, acquérant ainsi les bases de la vie monastique. Pendant la cinquième année de leur noviciat, lors d’une visite à Chypre de l’exarque du Saint-Sépulcre, une occasion se présenta. Le père Palladios, qui était alors l’exarque du Saint-Sépulcre, remarqua les deux jeunes moines et demanda la permission à l’higoumène Barnabé de prendre avec lui les jumeaux à Jérusalem. Ils auraient l’occasion d’étudier à l’école secondaire du Patriarcat, dans la perspective de rejoindre la Fraternité du Saint-Sépulcre. L’Ancien Barnabé donna sa bénédiction, et ainsi Sophocle et Alexandre quittèrent le monastère de Stavrovouni pour poursuivre leur vie monastique à Jérusalem, là où le Seigneur les avait appelés.

Ministère en Terre Sainte

Désormais élèves du Patriarcat de Jérusalem, ils montraient tous deux beaucoup de zèle dans leurs études. Mais ils gardaient, avec un même zèle, les règles de la vie monastique héritées de leurs premiers pères de Stavrovouni : participation aux offices quotidiens,prosternations et prière personnelle.Fréquemment, ils s’isolaient dans leurs chambres afin de prier en paix, et lorsque des amis venaient leur rendre visite, ils prétextaient que c’était l’heure de célébrer l’office, et les visiteurs se retiraient sans insister. De plus, pendant les périodes des examens, après leur règle de prière quotidienne, ils partaient à six heures du matin au Métochion[3] de Gethsémani pour chanter un office en l’honneur de la Très Sainte Mère de Dieu (Paraclisis), la suppliant de les aider pour leurs épreuves scolaires.

Les élèves de l’École les aimaient particulièrement. « Nous avions beaucoup de camarades de classe », raconta le regretté David Tlil, « mais avec Philoumène et Elpidios, il en était tout autrement. Nous mangions ensemble, nous étudiions ensemble, nous étions une même famille. Philoumène, surtout, avait quelque chose dans son comportement qui le faisait aimer, et tous nous l’aimions…Vraiment, tout le monde l’aimait, il était simple et sans méchanceté. Il acceptait tout ce qui arrivait et ne se fâchait jamais. Il pardonnait… Nous pouvions nous moquer de lui, lui faire des farces, il n’en gardait aucun ressentiment. Il était bon et doté d’une âme bienveillante, mais par-dessus tout il était humble. Nous avions décelé très tôt que Philoumène vivait une vie sainte et c’est pour cela que nous l’aimions et qu’en même temps nous éprouvions du respect envers lui. »

En 1937, au cours de leur troisième année d’école, Sophocle et Alexandre furent tonsurés moines, prenant les noms respectivement de Philoumène et Elpidios[4], s’agrégeant ainsi officiellement à la fraternité du Saint-Sépulcre. Lors de la même année, ils furent ordonnés diacres et en 1939, ils furent diplômés de l’école secondaire du Patriarcat.

En 1940, le père Elpidios fut ordonné prêtre et quitta la Terre Sainte pour rejoindre le patriarcat d’Alexandrie en 1949, où il servit et accomplit son ministère spirituel dans de nombreux endroits et pays du monde.

Quant à saint Philoumène, il fut ordonné prêtre en 1943, et resta comme hiéromoine[5] attaché au patriarcat de Jérusalem jusqu’à son martyre, servant dans différents lieux de pèlerinage avec obéissance et humilité. Il servit comme responsable des travaux du patriarcat, comme diacre dans la Sainte Laure de Saint Sabbas le Sanctifié (1940-1941), comme administrateur du bureau du Patriarcat (1942-1944), comme cellérier du Patriarcat (1944-1946), comme higoumène du monastère des Saints Apôtres à Tibériade (1946-1953), comme higoumène du monastère de l’Archange Michel à Joppé (Jaffa) (1953-1959), comme directeur du pensionnat de l’école du Patriarcat (1959-1961), comme higoumène du saint monastère des Archanges de Jérusalem (1961-1962), comme responsable du Typicon[6] à l’église Saints Constantin et Hélène (1962-1965), comme higoumène du saint monastère de la Transfiguration à Ramallah (1965-1967), comme higoumène du saint monastère de Saint Théodose (1967-1970), comme higoumène du saint monastère du Prophète Élie (1970- 1975) et comme higoumène du saint monastère de la Transfiguration à Ramallah (1976-1979). En 1979, il fut chargé de garder le Puits de Jacob et c’est là que, le 29 novembre de cette même année, eut lieu son martyre.

Humble gardien des commandements du Seigneur

La vie de saint Philoumène, dans le quotidien de son ministère auprès de la multitude des pèlerins qui défilaient sur les lieux saints, était la vie d’un moine, qui combattait avec persévérance et patience pour garder les commandements du Seigneur. Garder les commandements de Dieu était pour lui un délice continuel, non seulement en tant qu’objet de méditation de la Parole divine, mais aussi en tant que pénible ascèse.

Sa présence apportait quelque chose de particulier dans l’ ensemble de la fraternité du Saint-Sépulcre.Chaque jour, il luttait pour vivre en Christ, tout en se donnant sans réserve au ministère de l’accueil des pèlerins de la Terre Sainte, remplissant parfaitement les missions que lui confiait le Patriarcat, d’une façon désintéressée et obéissante. « La où on le nommait, il allait servir, sans sourciller », dit son ami John Tlil. « Il représentait le Patriarcat très honorablement. Ceux qui le voyaient comprenaient qu’ils étaient en présence d’un moine. Authentique, juste, un vrai moine. »

Saint Philoumène vécut à Jérusalem d’une manière humble, sans chercher d’honneur. « Il n’était pas ambitieux », nous rapporte son ami John Tlil, « C’est à dire qu’à son âge, il aurait pu quitter Jérusalem pour suivre des études universitaires, il aurait pu devenir évêque… mais tel n’était pas son désir. Il ne voulait pas monter plus haut, et il restait comme il était, sans grandes exigences. Il vivait tellement simplement et pauvrement que lorsqu’on le voyait, on aurait dit un mendiant. » « Et même pendant les célébrations de la divine Liturgie ou des Sacrements », ajoute le père Justin, « il était très humble, tout en respectant parfaitement l’ordre ecclésiastique. Il ne se mettait jamais en avant, ne portait jamais de beaux ornements ni de soutanes coûteuses. C’est uniquement lors des grandes fêtes qu’il mettait des ornements plus soignés. Lorsque nous concélébrions, il était toujours vêtu dans la simplicité. »

Cependant, sa propre pauvreté ne l’empêchait pas d’exercer en secret la vertu de la charité, comme le lui avait enseigné son père Georges. Bien que son entourage eut conscience qu’il n’avait pas d’argent, il trouvait toujours des façons pour aider et soutenir financièrement de nombreuses personnes. D’ailleurs, il devinait quand quelqu’un avait besoin d’aide et de soins et y pourvoyait avant qu’ils ne le demandent.

La rigueur et l’austérité absolues dans lesquelles vivait le saint se reflétaient dans sa manière de pratiquer le carême. « Saint Philoumène », se souvient Marilène Odeh, « pratiquait un jeûne strict. Nous qui le côtoyions, nous nous rendions compte de ce qu’il vivait, il était un modèle pour nous.Il faisait honneur à toutes les fêtes en célébrant les Vêpres, la divine Liturgie, et avec le jeûne conséquent. Moi-même, âgée de 13 ans à cette époque, j’avais le sentiment que cet homme jeûnait continuellement car en effet, ce qu’il mangeait était la plupart du temps sans huile et consistait en un peu de pain et d’eau. » « D’ habitude, il ne cuisinait pas » rajoute la regrettée sœur Eupraxie. « Il mangeait peu, sans aucune exigence sur ce qui était proposé car quoiqu’il mangeât, c’était pour lui la même chose. Je me souviens que très souvent il disait : “ Réjouis-toi, toi qui jeûnes, car en tout temps le jeûne est utile[7] ”».

Mais alors qu’il était si sévère pour lui-même, il était indulgent et bienveillant pour les autres et il prenait garde que sa bonté ne soit exercée au détriment du profit spirituel des âmes.Il insistait grandement auprès des enfants (qu’il désirait voir suivre les règles du jeûne depuis qu’ils étaient petits) sur les grâces obtenues par la pratique du jeûne. Il voulait transmettre la véritable signification du carême, et leur apprendre ainsi à jeûner correctement en distinguant l’esprit du carême et le carême proprement dit, c’est-à-dire en donnant moins d’importance aux détails de la lettre.

La fidélité de saint Philoumène aux principes monastiques était visible dans tous les aspects de sa vie. C’était un homme patient, lent à la colère, doux et compatissant. Ceux qui le connaissaient ne se souviennent pas de l’avoir vu juger quelqu’un, ni même se fâcher ou se disputer, ne fût-ce qu’une seule fois. Il était bon, toujours souriant, pardonnant très facilement. Il restait calme même si tout le monde s’énervait autour de lui. Et, même quand il avait lui-même des difficultés et des problèmes, il les traversait avec joie comme si de rien n’était. « Malgré le climat fraternel qui régnait entre nous, il nous arrivait d’avoir des malentendus, de dire un mot de trop», nous dit le père Narchissos, « et il venait toujours le premier pour demander pardon, même lorsque ce n’était pas sa faute. Et c’était à chaque fois un exemple pour nous, les plus jeunes. »

Le sérieux et la rigueur morale qui caractérisaient le saint, conduisirent son entourage à se comporter différemment. En sa présence, on parlait avec davantage de retenue, sans blaguer, sans mondanité. On sentait qu’on se trouvait en présence d’un homme de Dieu, et c’est pour cela qu’on l’aimait et le respectait. A ses côtés, chacun trouvait du soutien spirituel. Il consolait, tout en étant pédagogue, et en veillant à ne pas affliger ceux qu’il corrigeait.

Sa seule préoccupation était l’Église, les offices et son troupeau spirituel. Il ne discutait jamais des choses de ce monde. La sœur Eupraxie ajoute : « Quand je le rencontrais dans la rue, il semblait toujours occupé ‘‘Comment vas-tu, Géronda[8] ?’’, disais-je. ‘‘Je suis pressé, je suis pressé’’, répondait-il toujours en se sauvant. Il marchait si vite qu’il donnait l’impression de courir. Et quand il s’arrêtait un petit instant, il prenait soin de ne jamais entamer de discussion. Il disait uniquement ce qui était indispensable et surtout, il savait écouter l’autre. Il avait bien sûr ses avis personnels, mais il n’était pas prétentieux. Il fallait que la discussion tourne autour de Dieu pour le décider à prendre la parole.»

Mais lorsqu’il était question de foi ou de quelque chose de spirituel, il devenait intransigeant, énergique et sévère, argumentant avec zèle devant les aberrations proférées par qui que ce soit. Ceci arrivait surtout dans les questions concernant la garde des lieux de pèlerinages. Le père Justin se souvient d’un incident caractéristique : « En 1948, les Juifs étaient arrivés à Tibériade avec un bulldozer, avec l’intention de démolir le monastère des Saints Apôtres. Ils avaient déjà commencé et abattu une petite partie, la première pièce du bâtiment à droite. Et quand ils ont voulu poursuivre leur œuvre de destruction, un moine se jeta devant l’engin pour les empêcher de continuer : c’était saint Philoumène qui était à cette époque higoumène de ce monastère. Comprenant la ténacité de l’homme qu’ils avaient en face d’eux, ils furent obligés de repartir, dépités. »

Saint Philoumène aimait étudier, de sorte que ceux qui l’on connu, se souviennent de lui, tenant un livre dans la main et lisant en permanence.

Le trait caractéristique de la vie du saint était sa justesse spirituelle. Où qu’il fut, et malgré toutes ses obligations, il prenait soin d’accomplir sa règle de prière, sans jamais la raccourcir, et de célébrer la totalité des offices quotidiens : Vêpres, Complies, Matines et Divine Liturgie. Les livres liturgiques étaient ses compagnons fidèles : il avait toujours à côté de lui l’Horologion, le Psautier, les Menées, et le Paraclitique. Et même lorsqu’il avait des visiteurs, quand c’était le moment, il interrompait ce qu’il était en train de faire et se précipitait à l’église. « Maintenant c’est l’heure des Vêpres ! » disait-il et il commençait à lire None. Lorsqu’il accompagnait les pèlerins officiels dans des lieux de pèlerinage loin de la Ville Sainte, il se cachait dans un coin pour faire les prières qu’il n’avait pas eu le temps de lire aux heures dévolues.

Saint Philoumène aimait étudier, de sorte que ceux qui l’ont connu, ont le souvenir de le voir tenant un livre à la main et lisant en permanence. La plupart des pères sortait généralement faire une petite promenade autour du monastère l’après-midi, après les Vêpres. Le saint ne s’accordait même pas cette simple et agréable activité. Il préférait sa cellule et la lectio divina. Il étudiait tous les livres religieux, surtout la Bible et le Psautier, non pas, disait-il, pour acquérir plus de savoir, mais plutôt pour avoir une connaissance plus profonde de Dieu.

Sa tenue modeste, tout comme la façon et la forme que prenaient ses paroles et ses silences, et bien sûr sa vie entière, révélaient un homme accomplissant cette Parole biblique : « Le Seigneur donne sa grâce aux humbles[9]». La grâce divine qui émanait de lui se manifestait surtout à travers la façon dont il célébrait et vivait le sacrement de la divine Liturgie. « Je suis prêtre depuis 44 ans », nous raconte le père Issa Khoury, « et je n’ai jamais rencontré aucun autre prêtre comme lui ! Il avait quelque chose de spécial, il n’était pas de ce monde… il s’adonnait toujours à la prière et à l’adoration. Bien que nous ayons célébré ensemble plusieurs fois la Divine Liturgie, il m’est impossible de décrire avec des mots ces Liturgies-là … Je peux simplement dire que c’était un homme de grande foi. Je le voyais prier avec tellement de vénération, que je sentais qu’il était en communication directe avec Dieu, avec le Ciel. »

Saint Philoumène vécut en Terre Sainte en suivant avec exactitude une règle monastique très stricte. Sa vie était une quête constante du Seigneur, un combat acharnée pour accomplir la volonté divine. Ce martyre de la conscience fut couronné par le martyre du sang…

Le martyre

En mai 1979, le saint fut nommé par le Patriarcat de Jérusalem à Néapolis (Naplouse) en tant qu’higoumène au Puits de Jacob.A cette époque, c’était difficile de servir à cet endroit, parce que la situation y était particulièrement dégradée en raison des convoitises que suscitait ce lieu.Cependant, le saint ne refusa pas d’aller remplir ce service. D’ailleurs, l’esprit d’obéissance qui le caractérisait ainsi que la confiance absolue qu’il mettait dans la Providence, le fortifiaient sur son chemin, qui était en fait une route vers le martyre.

Saint Philoumène accomplissant son service au Puits de Jacob.

Souvent, au cours de son ministère au Puits de Jacob, des Juifs religieux fanatiques venaient le visiter. Ils exigeaient que le père Philoumène élimine les icônes et la croix de l’église, puisqu’ils considéraient qu’il s’agissait d’un lieu de pèlerinage juif. D’autres fois, ils menaçaient de le tuer s’il ne quittait pas l’endroit[10].

Ces difficultés, saint Philoumène les rencontrait quotidiennement et il avait une pleine conscience de la situation comme nous le rapportent divers témoignages. Le regretté métropolite de Vostron Hyméneos, raconta que plusieurs fois, le saint lui avait dit qu’ils menaçaient de le tuer s’il restait au Puits de Jacob. Il l’avait d’ailleurs dit au père Théodose, lorsqu’il lui avait rendu visite une semaine avant sa mort. « Il est venu dans notre monastère à Béthanie », se rappelle sœur Mitrodore, « il voulait une prosphore[11] pour célébrer la Liturgie. Notre Géronda le père Théodose était là, et le saint lui dit :“Que puis-je faire Géronda ? Là-bas, les juifs menacent de me tuer. Le martyre nous sauvera. »

Malgré les menaces incessantes, le saint avait pris la décision de rester au Puits de Jacob. Il était fortement habité par le devoir sacré de protéger les lieux saints de pèlerinage, s’appuyant sur sa foi profonde en Dieu. Il était certain que, même dans le cas où il serait assassiné, Dieu accueillerait son martyre, puisque c’est par obéissance qu’il était allé servir au Puits de Jacob.

Le 29 novembre 1979, Dieu le rendit digne de recevoir la « couronne du martyre » et fit de lui le saint martyr Philoumène. Ce jour-là, quatre juifs religieux fanatiques entrèrent dans le bâtiment du pèlerinage du Puits de Jacob. Ils attaquèrent le saint et le frappèrent au visage avec une hache, sectionnant certains doigts de la main droite que le saint avait mis en avant pour essayer de se protéger. Ils brisèrent sa mâchoire, et le frappant à coup de cognée, lui coupèrent les jambes. Sous la violence des coups qu’ils assénaient sur son crâne, ses yeux sortirent des orbites. Enfin, le laissant mort, ils profanèrent l’église, la sainte Croix et le saint Tabernacle. Ils s’enfuirent après avoir lancé une grenade pour tenter de masquer la nature de leur crime.

Après la mort de saint Philoumène, les autorités juives emportèrent sa dépouille à Tel-Aviv pour pratiquer une autopsie. Il y resta six jours. Par la suite, les pères de la Fraternité du Saint-Sépulcre furent prévenus qu’ils pouvaient aller récupérer la dépouille. Le père Sophrony en laissa un témoignage écrit : « Je suis allé à la morgue avec trois autres pères du Patriarcat et nous l’avons trouvé nu. Quand nous avons demandé où se trouvaient ses vêtements, on nous a répondu qu’ils étaient restés à Naplouse. Heureusement, nous avions pris avec nous tout le nécessaire pour l’habiller, mais vous ne pouvez pas imaginer combien nous étions choqués de le voir ainsi déchiqueté. Son visage était méconnaissable, portant les traces du martyre. »

Les pères étaient affligés quand ils récupérèrent les reliques du saint pour la préparation de l’enterrement, mais au bout de quelques minutes, ils constatèrent un événement miraculeux. Le corps du martyr, bien que six jours se soient passés depuis son décès, ne présentait pas la rigidité habituelle des cadavres. Au lieu de cela, il était souple, et sa chair molle comme s’il était encore en vie. « Quand j’ai commencé à l’habiller, seul, car les autres ne supportaient pas de le voir dans cet état, je me suis adressé à lui comme à un vivant, en lui disant : “ Mon Géronda, maintenant, il faut que tu m’aides à t’habiller, parce que tu vois bien que je suis seul ! ” J’ai d’abord voulu lui mettre le maillot de corps, et il a tout de suite rabattu son bras une fois que la manche était enfilée ; il a fait de même avec le second bras, et puis avec ses jambes. J’avais replié ses jambes pour pouvoir l’habiller, et au moment où je finissais mon travail, il les étendait de nouveau, tout seul. »

Une fois la dépouille prête, on la transporta au Patriarcat et ensuite dans l’église de Sainte Thècle. C’est là que furent célébrées les funérailles, le 4 décembre 1979, en présence des pères du Saint-Sépulcre, de la famille proche du saint et d’une foule énorme composée non seulement d’orthodoxes, mais aussi de chrétiens d’autres confessions ainsi que de musulmans. « Ils sont venus nombreux,… parce que tout le monde l’aimait et chacun voulait lui rendre un dernier hommage… Nous l’avons tous pleuré parce qu’il était miséricordieux et un saint père spirituel », nous rapporte le regretté père Sophrony.

Une fois les funérailles terminées, le peuple et le clergé, accompagnés de la police mandatée par le gouvernement israélien qui craignait des représailles, marchèrent vers le cimetière de la communauté du Saint Sépulcre à la Sainte Sion. C’est là que l’on enterra le martyr.

Exhumation des saintes reliques

Quatre ans après la mort de Saint Philoumène, le 29 novembre 1983, le Patriarcat décida d’exhumer et de transférer les reliques pour les enterrer dans un cénotaphe sur le lieu de pèlerinage du Puits de Jacob.Le père Justin, qui y avait succédé au saint comme higoumène, finissait les préparatifs pour accueillir le saint ce jour-là, mais il dut interrompre sa tâche pour se rendre au cimetière de Sion où un événement merveilleux se produisait.

« Le matin de la journée qui devait voir l’exhumation des reliques de saint Philoumène », se rappelle le père Evdokimos, « nous avions décidé, avec les élèves de l’école de Sion, de nous charger de découvrir la tombe du saint. Nous commençâmes après la Liturgie par enlever la terre qui recouvrait la tombe, mais après avoir déblayé la première couche sur 50 à 60 cm, un doux parfum s’échappa de la tombe, et lorsqu’on arriva au cercueil, il devint très intense.

« Quinze minutes plus tard, le patriarche et sa suite arrivèrent. Suivirent de nombreux archiprêtres, moines et moniales du Saint-Sépulcre… Nous finîmes d’enlever le peu de terre qui restait, nous retirâmes le couvercle du cercueil, le corps du saint apparut aux yeux de tous, il était incorrompu ! Immédiatement, le patriarche donna des ordres pour retirer le cercueil de la fosse. Le parfum qui s’exhalait de la relique au début de l’exhumation continua et lorsqu’on le sortit de terre, il s’intensifia encore davantage.

« Nous déposâmes le cercueil sur une sépulture proche. En retirant délicatement les habits, nous nous sommes aperçus qu’une partie du crâne du saint qui était endommagé par les coups de hache, était séparée du reste du corps. Les pieds du saint, quant à eux, étaient altérés par l’humidité. Le reste du corps restait incorrompu et était entièrement recouvert d’une peau propre et belle comme celle des reliques de saint Sabbas et de sainte Catherine. Il avait encore sa barbe, ses cheveux et ses poils, sur les mains, les jambes et la poitrine. Les vêtements avec lesquels il avait été enterré, quant à eux, n’étaient pas décomposés. Le corps était entier, de sorte qu’on aurait pu le mettre debout. »

Par la suite, les pères placèrent le corps du martyr près de sa tombe et commencèrent à le laver avec du vin. Quand ils eurent fini, ils portèrent les reliques dans son cercueil jusqu’au sanctuaire de l’église dela Sainte Sion, et c’est là que le père Sophrony ainsi que l’actuel archevêque du Qatar Makarios, se chargèrent de soigner la relique et de la vêtir de nouveaux habits.

« Nous avons retiré ses vieux vêtements», se rappelle l’archevêque Makarios, « et sans le sortir du cercueil, nous avons commencé à l’habiller. Nous lui avons mis un maillot de corps, une chemise, un pantalon, ainsi qu’une soutane et un épitrachile[12], sans aucune difficulté, sans devoir rien déchirer, parce que le corps et en particulier les mains restaient extrêmement souples… »

Lorsqu’ils eurent fini la préparation des reliques du saint, on le mit dans un nouveau cercueil que l’on plaça dans le sanctuaire de l’église de la Sainte Trinité de Sion. Là, les pères du Saint Sépulcre présents chantèrent pour la première fois l’office en l’honneur du nouveau-martyr. Une joie et une émotion intense s’empara de tous les participants, car tous étaient conscients qu’ils avaient effectué l’exhumation d’un saint.

Le cercueil en verre dans lequel repose le corps incorrompu de Saint Philoumène.

Les reliques de saint Philoumène restèrent quelques temps dans l’église de Sion, puis furent transférées dans un nouveau caveau en béton armé. Le 8 janvier 1985, presque deux années plus tard, suivant une décision du Patriarcat, se déroula la seconde exhumation des reliques. Cette fois encore, elles dégageaient un parfum très fort, mais malheureusement elles flottaient dans une grande quantité d’eau. Elles étaient endommagées par l’humidité. Les pères placèrent les reliques à l’intérieur d’une chasse au nord du sanctuaire dans l’église de la Sainte Trinité de l’école de Sion et c’est là qu’il resta pendant vingt-quatre ans.

La présence des reliques du saint à l’école de Sion était une grande bénédiction, non seulement pour les étudiants et les enseignants de l’école, mais aussi pour ceux qui aimaient le saint et qui venaient là pour le vénérer. Souvent, les reliques exhalaient du parfum et le saint venaient en aide à ceux qui l’invoquaient avec foi.

Le docteur Samir Odeh de Ramallah par exemple, nous raconte un miracle caractéristiquequi s’est produit pendant que les reliques se trouvaient encore à l’école de Sion. « Quand saint Philoumène servait ici dans notre région, j’étais jeune mais je me souviens de lui, et j’en garde de très bons souvenirs. En grandissant, plus précisément en 1996, j’eus des problèmes de santé : j’avais un cancer des ganglions lymphatiques, et les médecins ne me donnaient pas beaucoup d’espoir de guérison. Alors, mes parents décidèrent de m’emmener aux Etats Unis pour consulter des spécialistes et trouver un traitement. Je partis donc avec mon père, le reste de la famille attendant ici, dans la prière certes, mais aussi dans l’angoisse, car les médecins étaient très pessimistes sur mon état de santé. »

« Pendant tout ce temps », ajoute sa sœur Marilène Odeh, « nous avons prié la Toute-Sainte Mère de Dieu et tous les saints, mais nos prières allaient surtout vers saint Philoumène. Nous lui demandions avec beaucoup de ferveur et de familiarité de bien vouloir nous aider, car nous le connaissions et nous le respections de son vivant. Nous sommes mêmeallés à Sion où se trouvaient ses reliques, et nous avons demandé au père Makarios, directeur de l’école : “ Père, nous voulons faire célébrer une Divine Liturgie, une prière en l’honneur du saint pour Samir, parce que les nouvelles d’Amérique ne sont pas bonnes, les médecins s’inquiètent, et nous sommes vraiment préoccupés…”. Et effectivement, nos souhaits se sont réalisés. C’était un jeudi, je me rappelle. Nous avions parlé avec les médecins qui nous dirent que Samir était parti en urgence pour faire une chimiothérapie. Et le lundi suivant, c’était la semaine avant les Rameaux, lors d’une conversation téléphonique, de nouveaux examens révélaient une situation tout à fait différente : il n’avait plus de cancer. Maintenant, après tant d’années, Samir est en bonne santé et n’a jamais eu besoin de suivre de traitement. Je suis persuadée que les prières de ma mère à saint Philoumène, ainsi que les Liturgies et les prières des pères de Sion où se trouvaient alors les reliques, ont attiré sur nous la miséricorde de Dieu! »

L’achèvement de l’église au Puits de Jacob

Sur le lieu de pèlerinage du Puits de Jacob, la situation était encore instable, et la vie très dangereuse. Le successeur de saint Philoumène, le père Justin, dut faire face, après le martyre du saint, à de nombreuses difficultés. Malgré tout, il recevait la force du Seigneur, mais aussi les grâces deson prédécesseur mort en martyr. Voilà pourquoi il persévéra dans son objectif d’achever l’église, dont la construction avait démarré dans l’enceinte de ce lieu de pèlerinage, mais qui avait été interrompue à cause des conflits. Il souhaitait y faire transférer les reliques de saint Philoumène. Il croyait sans la moindre trace d’un doute que celui qui avait versé son sang sur le lieu du pèlerinage allait l’aider à trouver les moyens et les fonds pour bâtir l’église, et qu’il le consolerait par la présence de ses saintes reliques.

C’était un grand projet. Sans les permis de construire nécessaires de la part de l’Etat, avec une situation financière extrêmement fragile, cela semblait utopique, mais l’impressionnante intervention des saints, de sainte Photine la Samaritaine et du saint martyr Philoumène, rendit possible l’achèvement de la construction de l’église.

La construction de l’église de Sainte Photine se termina en 2008. L’église se trouve désormais entourée par la ville de Naplouse.

L’hostilité ne manquait pas à l’appel, et en 2005, alors que l’église était presque terminée, deux chars d’assaut israéliens apparurent et l’attaquèrent : « Lorsque l’attaque eut lieu, il était 3h45 du matin », se rappelle le père Justin, « je me trouvais dans l’higoumenio[13], et je vis, par une fenêtre, un obus frapper l’église. “Saint Jacob, Sainte Photine…”, criai-je. “Je construis votre maison avec la contribution du petit peuple sans ressource, protégez-la, car en face des chars je ne peux rien faire!” Lorsque j’entendis le deuxième bang sous le clocher, je me désespérai et je criai : “Et bien, père Philoumène, si tu es un saint, montre-le-moi maintenant!” Et alors, je vis vraiment avec mes yeux de pécheur, le saint avec sa soutane grise debout devant la croix de la façade de l’église et faisant des mouvements avec ses bras comme s’il repoussait ou chassait quelque chose. Il s’agissait de trois obus qui tombèrent sans exploser et roulèrent sur les pavés comme si c’était des bouteilles. Alors les chars se retirèrent et l’église fut sauvée. »

En 2008, l’église fut totalement achevée, un sanctuaire harmonieux et solide, qui affirme le caractère liturgique du pèlerinage chrétiendans un environnement non chrétien, et consolide ainsi dans cette région une présence orthodoxe multiséculaire.

La canonisation

Icône portative représentant le saint Philoumène réalisé à Chypre par le moine iconographe P.Ambroise à l’occasion de la classification comme saint en 2009.

Saint Philoumène, comme disait l’Ancien Séraphim du monastère de Saint-Sabbas, vécut depuis son enfance une vie sainte, et c’est pourquoi Dieu le rendit digne de mourir en martyr. En même temps, Il lui donna la grâce de faire des miracles, de repousser les tentations, et guérir des maladies, non seulement pour la guérison des corps, mais surtout aussi de nos âmes immortelles. Il y a beaucoup de récits sur les interventions miraculeuses du saint, à Jérusalem, en Grèce, à Chypre et ailleurs, qui commencent pendant sa vie terrestre et qui se multiplient après son martyre. Le saint répond aux prières des gens qui l’invoquent pieusement, exauçant leurs demandes selon Dieu. Parfois il intervient aussi miraculeusement dans la vie de gens qui ne le connaissaient pas, devenant pour eux un ami et un intercesseur devant Dieu.

Une telle expérience de l’intervention miraculeuse du saintnous a été rapportée par le témoignage de Madame Maria L. lors d’une visite au monastère de Saint Nicolas[14] à Orounta, le village chypriote d’où était originaire Saint Philoumène. Et c’est à cet endroit qu’au cours du printemps 2006, se trouvant dans l’église et vénérant les icônes de l’iconostase une par une, Mme Maria L. se figea devant l’icône de Saint Philoumène. Une émotion la saisit si fortement qu’elle éclata en sanglots. Quelques instants plus tard, elle raconta à une sœur qui se trouvait dans l’église : « Il y a peu de temps, j’ai traversé une grande épreuve de santé. J’étais entrée à l’hôpital pour suivre des traitements, mais les médecins n’avaient pas beaucoup d’espoir de me guérir. Alors que j’étais dans cette situation difficile, je vis en rêve un prêtre qui portait le même habit qu’ici, sur cette icône. Le prêtre se tenait à côté de moi, et tendait sur mon corps un tissu noir qu’il portait (qui ressemblait à une mandyas), puis il partit. Le lendemain, j’avais recouvré ma santé, et les médecins qui m’examinèrent furent interloqués par ce qui était arrivé. Ainsi, sans pouvoir donner d’explications à cette miraculeuse guérison, ils me donnèrent l’autorisation de rentrer à la maison. Quelques jours plus tard, me trouvant dans la maison de Mme C., je vis une petite icône de saint Philoumène et je fus saisie en reconnaissant que le prêtre qui m’avait rendu visite à l’hôpital était le saint présent sur cette petite icône. Mme C. me donna quelques informations sur la vie de ce saint, et me dit que je pouvais vénérer son icône et ses reliques au monastère de saint Nicolas, situé à Orounta. C’est ainsi que je suis venue aujourd’hui même jusqu’ici! »

Le monastère de Saint Nicolas.

Déjà, dès les premières années suivant son martyre, saint Philoumène était considéré dans la conscience des fidèles comme un saint martyr. Il est frappant de constater que dans son pays natal, Chypre, il fut honoré très tôt, bien avant sa canonisation, avec la célébration des Grandes Vêpres, de l’Artoclasia[15] et de la divine Liturgie, aussi bien dans son village natal d’Orounta que dans les paroisses de la métropole de Limassol. Par ailleurs, en 1999, à l’initiative du métropolite Néophytos de Morfou, on commença à rassembler des informations sur sa vie. Tous ces documents furent remis à la communauté nouvellement fondée du monastère de saint Nicolas à Orounta, qui s’est vu confier la tâche d’achever la recherche, d’écrire, d’éditer et de publier la vie du saint[16]. Conjointement à la rédaction de cette biographie, le monastère décida de faire construire une église en son honneur. L’église, dont les dessins architecturaux sont désormais terminés, aura la forme d’une croix surmontée d’une coupole. Elle sera construite au sud-ouest des anciens bâtiments du monastère.

La ferveur des hommages accordés à saint Philoumène, que ce soit dans son pays d’origine, en Grèce, à Jérusalem ou ailleurs, décida le début de la procédure de l’Église Orthodoxe pour l’introduite officiellement dans la « Tente des Saints ». Le 26 août 2008, après une délibération du Saint Synode du Patriarcat de Jérusalem, le transfert des reliques de saint Philomène eut lieu depuis l’école de Sion jusqu’au Puits de Jacob, oùil avait reçu la couronne du martyre par la grâce de Dieu. Quatre jours plus tard, le 30 août, Sa Béatitude le Patriarche de Jérusalem Théophile consacra l’église enfin achevée de sainte Photine la Samaritaine. Ce même jour, et à la même heure, le métropolite de Morfou Néophytos et le métropolite de Kapitoliados Hésychios consacrèrent les chapelles attenantes à l’église sainte Photine, dédiées l’une à Saint Philoumène, l’autre à Saint Justin le Philosophe.

En 2009, trente ans après son martyre, saint Philoumène fut canonisé officiellement et depuis, il fait partie des saints de l’Église Orthodoxe. L’annonce de sa canonisation fut faite sur suite à la décision du Saint Synode de Jérusalem, le 29 novembre, jour de la commémoration de la fête du saint, dans l’église de la sainte Égale-aux-apôtres Photine la Samaritaine.

« Vous êtes mes témoins[17]…»

Saint Philoumène est qualifié comme martyr de la « nouvelle ère », dans laquelle nous vivons. Il nous réconforte, nous soutient et nous invite à devenir des témoins, comme lui, en ces temps troublés, temps de doutes, de confusion, de manque de foi et d’angoisses irrépressibles quant à l’avenir. Il nous encourage à imiter la vie du Seigneur, dont la mort sacrificielle indique la direction qui mène à son Royaume, et qui n’est autre que le chemin de la Croix. C’est ce chemin-là que suivent tous les martyrs depuis les premiers siècles jusqu’à aujourd’hui. Et c’est cette route-là qu’il désire que nous suivions.

Pour finir, voici un événement qui constitue le testament spirituel, légué par le saint lui-même, par une intervention miraculeuse. Cela se passa au Puits de Jacob, quelques jours avant la cérémonie de sa canonisation. L’higoumène, le Père Justin, était descendu dans l’église, afin d’y ranger quelques ornements liturgiques. A sa surprise, il remarqua que dans l’une des armoires vitrées de la sacristie (toujours fermées à clé), il y avait un linge légèrement soulevé, sous lequel se trouvait un petit calice en argent. Bouleversé, il ouvrit l’armoire vitrée, il prit le calice dans ses mains et y découvrit l’inscription suivante :

« Calice du sang du martyre / versé pour la maison du Seigneur/ par le saint martyr Philoumène le Chypriote, le 16 novembre[18] 1979. Buvez tous à la coupe à laquelle je bois. »

Le petit calice en argent qui fut découvert miraculeusement au Puits de Jacob en novembre 2009.

Ce petit calice contenait des gouttes de sang qui avaient éclaboussé partout le lieu du Puits de Jacob lors du martyre du saint. Sans doute, la découverte miraculeuse de ce calice fut une grande bénédiction de Dieu pour ce lieu de pèlerinage. Cependant, l’inscription qui s’y trouva inexplicablement gravée étend cette bénédiction divine sur nous tous, et sur tous ceux qui viendront après nous, nous appelant à participer au martyre et au témoignage de saint Philoumène.

Il existe de multiples façons pour vivre le martyre en Christ : en traversant les afflictions et les maladies dans la patience, en menant un dur combat contre les passions qui nous assaillent, en nous repentant de nos fautes et nos égarements, en renonçant à notre volonté propre, en nous sacrifiant entièrement, dans une confession de foi inflexible, en actes et en paroles. Mais, dans son expression la plus sublime, le martyre se réalise dans l’effusion de sang, par une mort qui détruit le royaume de la mort, afin que la vie triomphe. Et cette Vie, c’est le Christ.

Les informations concernant la vie de Saint Philoumène sont des extraits du livre « Le saint Hiéro moine Philoumène le Chypriote », publié par le monastère de Saint Nicolas, Orounta, 2013.

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Monastére de Saint Nicolas d’Orounta

2779 OROUNTA
Lefkosia District
CHYPRE/CYPRUS
Tel :00357 22824455

[1]Un des plus anciens monastères toujours en activité, fondé par sainte Hélène au quatrième siècle.

[2]Le supérieur et le guide spirituel du monastère.

[3]Métochion : dépendance d’un monastère.

[4]Selon la tradition orthodoxe, en devenant moine, la personne reçoit un nouveau prénom.

[5]Moine-prêtre.

[6]Ordonnance des offices religieux.

[7]Triode, apostiches des matines du lundi de la Tyrophagie.

[8]Géronda : mot grec qui signifie « l’Ancien », équivalent du mot russe « starets ».

[9]Proverbes, 3, 34.

[10]Le saint expliquait chaque fois que la présence chrétienne dans la région datait de presque 2000 ans, et que leurs exigences n’étaient pas fondées. La rencontre du Christ et d’une Samaritaine au bord de ce puits étant un des événements évangéliques les plus touchants (Jn, 4), le lieu de cette rencontre avait été de tous temps objet d’intérêt et de vénération des pèlerins chrétiens de la Terre Sainte.Mais ils restaient intransigeants sur leur point de vue et continuaient d’insister en argumentant que la mémoire du patriarche Jacob était rattachée à ce puits, qui d’ailleurs portait même son nom, et devenait de ce fait leur propriété. En effet, Jacob avait acquis un petit terrain à Sichem, ville sise au pied du Mont Garizim situé en Samarie (Gn, 34), et il le donna en héritage à sa mort à son fils Joseph, qui fut enterré à proximité (Jos 24,32).

[11]Pain eucharistique.

[12]étole sacerdotale.

[13]La cellule de l’higoumène.

[14]Ce monastère masculin du XIIème siècle, déserté en 1830 après avoir été pillé par les turcs, fut restauré en 2001 et accueille à présent une communauté de moniales.

[15]Bénédiction de cinq pains, de vin, d’huile et de blé, célébrée lors des grandes fêtes et pour une action de grâces.

[16]La première édition en grec a été publiée en 2003, et la seconde, augmentée, en 2013. Les hymnes en l’honneur du saint (2003-2009) ont été composées par M. Charalambos Bousias, grand hymnographe de l’Eglise d’Alexandrie.

[17]Isaïe, 43, 10.

[18]La date inscrite sur le calice est celle du jour de la fête du saint selon l’ancien calendrier julien. Le 16 novembre correspond donc au 29 novembre du calendrier grégorien.

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